Programme Méditerranée de l'UNESCO
      La navigation du savoir

      Réseau des Arsenaux de la Méditerranée


      - Sommaire -

      Introduction


      - 1 - Le transfert du savoir
      - 2 - La mer est le vecteur fondamental de la culture méditerranéenne, le navire en porte le savoir privilégié.
      - 3 - Le savoir de la navigation
      - 4 - La révolution du savoir
      - 5 - Projets en cours
      5.1 - Les grands navires de la Renaissance
      5.2 - Sciences et techniques des fouilles sous-marines
      5.3 - Science, nature et technique dans l'ancienne Pompéi
      5.4 - Exposition internationale sur la science et la technologie Arabe
      5.5 - Une école méditerranéenne de charpentage et d'archéologie navale
      5.6 - Le Musée de la mer et de la navigation de Gènes
      5.7 - Valorisation des arsenaux de la Méditerranée
      5.8 - Un site pour la transmission du savoir : l'observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer

      Présentation du projet dans sa globalité sur le site de l'Unesco
        Introduction

              La création d'itinéraires à thèmes a déjà montré son intérêt pour renouveler le potentiel culturel et la sensibilisation du grand public. Ces itinéraires présentent de grandes possibilités de synergie entre les organismes publics et privés. Ils contribuent aussi à donner une image nouvelle de qualité au tourisme.
              Le touriste est de plus en plus exigeant, et désormais très sensible à l'attrait culturel des voyages, à l'émotion qu'il ressent à la découverte du patrimoine sous toutes ses formes. Cet attrait pour leur histoire et leur patrimoine qui unit tous les peuples est un élément très fort de cohésion et d'identité culturelle. La Méditerranée - " le grand lac de la connaissance "- est l'un des espaces privilégiés où se nourrit cette identité, car les mers séparent moins les hommes qu’elles ne les lient.
              Le patrimoine qui nous a été transmis est aujourd’hui une source de richesse économique et le symbole d’une nouvelle Renaissance méditerranéenne qui peut revivre grâce à une nouvelle forme, positive et interactive, de tourisme culturel, respectueuse de l’environnement et de l’histoire. La mise en valeur d'une culture méditerranéenne constitue par ailleurs un trait d'union entre les peuples d'Orient et d'Occident.

              Grâce à des thèmes tels que l'archéologie sous-marine ou l'histoire des sciences liées à la navigation et à la construction navale, sujets riches tant du point de vue purement scientifique qu'artistique et capables de transmettre d'importantes valeurs culturelles, il est possible de toucher et de communiquer vers un large public et de répondre à la curiosité du voyageur méditerranéen.
              Plusieurs villes méditerranéennes sont en train de développer d'importantes initiatives autour de leur patrimoine maritime : c’est ainsi que dans le cadre du Programme Méditerranée de l’UNESCO, un réseau des arsenaux historiques de la Méditerranée se développe actuellement. Il touche les ports de Gênes, Venise, Pise, Civitavecchia, Ostia, Naples, Amalfi, Palerme, Messine, Syracuse, Bonifacio, Villefranche-sur-Mer, Toulon, Marseille, Aigues-Mortes, Barcelone, Valence, Carthagène, Séville, Tanger, Alger, Tunis (Carthage), Tripoli, Malte, Alexandrie, Akko (Acre), Sour (Tyr), Sidon, Beyrouth, Chypre, Rhodes, Istanbul, Gallipoli, Iraklion, Athènes, Corinthe, Salonique, Dubrovnik (Raguse)…

              Un Salon du Patrimoine Maritime Méditerranéen itinérant pourra être le lieu de rencontres annuel d’une série de manifestations consacrées à ce thème : à travers des expositions, des conférences, des publications, des documentaires, des stands et spectacles culturels, les visiteurs pourront parcourir les anciennes routes maritimes de la Méditerranée à la découverte de la navigation du savoir.

              Un itinéraire réel et virtuel - à partir d'un réseau télématique - pourra permettre de partir vers nos arsenaux et être témoins de leur histoire. Le mot " arsenal " dérive en effet de l’Arabe daar senaah, " maison du travail ", et c’est entre ses murs qu’est conservé le savoir de l’art de la navigation méditerranéenne. Ici, les Nouvelles Technologies permettront ainsi à ce savoir de naviguer et de s’ouvrir vers de nouveaux horizons.
              A travers ces ports on pourra à nouveau parcourir la Méditerranée en proposant des " pèlerinages culturels " sources d'échanges artistiques, scientifiques et commerciaux, offrant l'opportunité d’effectuer un voyage dans le temps à la recherche du secret de la  Renaissance  : la rencontre des cultures unies par la même mer.
              Un nouveau voyage dans la connaissance, en parcourant la navigation du savoir, autour de la Méditerranée dont les eaux lient les rivages du Moyen-Orient à la Grèce, et de l'Afrique du nord aux côtes italiennes, françaises et espagnoles.

      1 - Le transfert du savoir

              Le transfert du savoir et en particulier des connaissances scientifiques liées à la navigation - en tant que véhicule de transmission - a suivi dans l’histoire différents chemins. Au Moyen Age et à la Renaissance, outre la présence arabe en Espagne, l'une des voies les plus importantes en Méditerranée était celle qui passait par les Républiques maritimes italiennes. Ces rencontres nées avec les pèlerinages en terre sainte, transformées en conflit par les croisades, ont permis aux connaissances arabes de pénétrer en Italie puis en Europe.
              La Méditerranée, jadis lac romain - Mare Nostrum - (Ier - IVème siècle), puis musulman (IXème - Xème siècle), sans cesser d’être une voie d’échange des produits et des connaissances, devient aux XIème et XIIème siècle un lieu de compétition et d’affrontement entre les trois grandes entités politico-religieuses qui occupent ses rives : les aires musulmane, byzantine et occidentale.
              Le bilan des croisades reste à faire ; au-delà de la violence des affrontements, leur effet stimulant sur l’activité commerciale et technologique des villes méditerranéennes est incontestable. Ce qui est sûr, c’est que Gènes, Pise, Amalfi, et Venise - avec les ports d’Italie du Sud - sont les grands bénéficiaires des croisades. Ce sont ces cités maritimes qui joueront un rôle décisif dans l’expansion commerciale de l’Occident. On ne peut nier pour autant les " retombées " de ces expéditions favorables, au premier chef, aux cités italiennes mais aussi à d’autres villes marchandes de la Méditerranée occidentale comme Villefranche, Marseille, Barcelone, Valence, Carthagène ou Séville.
              Ce sont les secrets volés ou reçus des navigateurs musulmans qui furent transférés à travers les Républiques Maritimes italiennes en Europe, et qui constituèrent les bases de la Renaissance italienne et de la Révolution Scientifique européenne - commencée à Rome avec Copernic et suivie à Florence par Galilée -.
              Gênes regarde ainsi surtout vers la Méditerranée occidentale et l’Atlantique, sans pour autant renoncer à ses colonies de Chio, Tabarka, de Phocée et à ses comptoirs de mer Noire (Cembalo), Venise consolide ses positions en mer Egée, en mer Ionienne et au Levant.
              Au début du XVème siècle, Venise parvient au zénith de sa puissance navale et à sa plus grande extension territoriale. Au seuil de la Renaissance, Venise la " Sérénissime " était alors la première puissance maritime de l’Occident, sinon du monde, en jouant un rôle comparable à celui d’Athènes dans la Grèce classique.
              Depuis le IXème siècle et jusqu'au XVème siècle, la civilisation arabe est en effet la gardienne du savoir scientifique et technologique en provenance des grandes civilisations orientales : Mésopotamie, Egypte, Grèce, Chine, Byzance.
              Les Occidentaux, à la fin du Moyen Age, prennent les musulmans comme professeurs, comme maîtres. Les livres du monde musulman en arabe - souvent d’ailleurs retranscrits du grec - sont traduits en latin pour servir de " manuels de civilisation " pour les sciences.
              En matière de navigation, des instruments et des techniques nouveaux apparaissent au XIIIème siècle en Occident : la boussole - comme le papier -, connue en Chine, a été transmise aux Amalfitains par les Arabes.
              Amalfi est la première République Maritime italienne qui profita des avantages commerciaux des croisades. Ses galères, les premières en Occident à utiliser les propriétés de l’aimant pour se diriger en mer, suivaient les chemins de la Terre Sainte et, outre l’embarquement des chevaliers à la recherche de fortunes, amenaient des foules de pèlerins chrétiens en visite au Saint Sépulcre, pour sauver leur âme. Un hôpital fondé à Jérusalem par les Amalfitains fut l’origine de l’Ordre des Hospitaliers de Saint Jean de Jérusalem, plus tard de Rhodes puis de Malte, qui portent encore aujourd’hui comme emblème la croix d’Amalfi.
              En 1302, l’Amalfitain Flavio Gioia fabrique la première boussole connue en Europe, elle marque le Nord par une fleur de lys - symbole angevin - en honneur de Charles II d’Anjou, qui était alors roi de Naples et de Provence, royaume auquel Amalfi et Villefranche appartenaient.
              L’introduction de la boussole est bientôt complétée par une rose des vents où figurent les
      directions cardinales de la tradition grecque. L’aiguille aimantée soutenue dans un récipient par un roseau, d’où son nom de " calamite ", se retrouve bientôt posée en équilibre sur un pivot dans une boîte - en italien " bussola ", et complétée par une rose des vents.
              Cette référence permanente au nord magnétique fonde une façon nouvelle de parcourir l’espace inconnu de l’océan et donne naissance à la carte maritime. Tenant compte du nouvel apport de la boussole, la carte maritime abandonne l’orientation du haut de la carte à l’est - le lever du soleil - pour lui préférer le nord. Il s’agit du nord magnétique que marque la fameuse fleur de lys et non du nord géographique.
              Le portulan offre dans un système cohérent la représentation du tracés des côtes qui vise moins la précision que l’accentuation des particularités que le navigateur ne doit pas ignorer pour se repérer. En haute mer, les cartes marines résolvent, par des procédés graphiques élémentaires, les problèmes de route du navigateur : faire le point et estimer le cap à suivre.
              La carte marine, attribuée aux Arabes ou aux Byzantins, a été affinée par les Gênois. Son emploi est en effet mentionné pour la première fois sur les navires gênois qui transportaient Saint Louis en 1270 à l’occasion de la huitième croisade qui partit d’Aigues-Mortes.
              Les chiffres arabes ou plutôt le zéro (appelé alors cyfre, du mot arabe signifiant " vide ") sont introduits en Occident par la traduction latine du traité de calcul d’al Khârismi effectuée vers 1120 par Adélard de Bath, ce savant anglais qui a séjourné sept ans en Syrie-Palestine.
              La Syrie est aussi le lieu où les Occidentaux se familiarisent avec des techniques comme la fabrication du verre - implantée à Venise - et des productions agricoles (canne à sucre, coton, fruits) ou artisanales nouvelles (soies et camelots - étoffe de laine -, pourpres, brocarts).
              Les croisés empruntent aussi à l’Orient des habitudes vestimentaires ou alimentaires et le goût d’un luxe inconnu jusqu’alors en Europe. Ce luxe pénètre par le relais italien jusqu’au nord de l’Europe et voit le jour au cours de la période gothique puis s’épanouit à la Renaissance.
              Symbole de la richesse orientale plus que celle de capitale musulmane, l’image de Constantinople hante l’imaginaire des pèlerins dès l’origine des croisades ; les objets précieux et les reliques conservés exercent sur les Occidentaux une véritable fascination et bientôt naît une irrépressible envie de donner une réalité à ce mirage. Constantinople, en effet, conserve dans ses fastes l’héritage du savoir acquis par les Romains avant la scission du Grand Empire, elle jouit d’un prestige redoutable et son pillage de 1204 répend ses trésors dans toute l’Europe.
              L’austérité médiévale dictée par l’éducation romane-cistercienne fait alors place à un foisonnement de couleurs et d’ornements qui emprunte à l’Orient son esprit, sinon sa forme.

      2 - La mer est le vecteur fondamental de la culture méditerranéenne, le navire en porte le savoir privilégié.

              Les marins anciens avaient un rêve unique : toujours étendre leur étonnant empire commerciale.
       
              Il en va tout autrement du navire, depuis toujours instrument de domination politique, d’expansion coloniale, d’échanges commerciaux, culturels, scientifiques et technologiques, outil des grandes découvertes ayant au cours des siècles bouleversé la physionomie de notre globe et les conditions d’existence de ses habitants. Il se développe à partir de l’Arche du déluge, ancêtre mythique de la navigation humaine, puis la Chaldée et l’Assyrie, l’Egypte, les Phéniciens, la Grèce Antique, Rome, la lutte de la Croix contre le Croissant.
              Pendant cette période de plusieurs millénaires la structure du bateau ne s’est modifiée que lentement et la navigation a présenté des caractères sensiblement analogues. Mais à la fin du moyen âge la transformation a commencé : le navire porte un gréement plus savant, ses deux gouvernails latéraux ont fait place à un gouvernail unique fixé à l’étambot, ses dimensions se sont accrues, il est à même d’affronter les lointaines et audacieuses randonnées, et les nations capables de maîtriser ces navires, les utilisent pour imposer au monde leur puissance et leur volonté : l’ère des découvertes est entamée.
              La science s’est faite guide du marin, lorsque les navigateurs partirent à la conquête du monde : la lutte pour les colonies, la lutte pour l’Océan, " du galion au vaisseau ", le déclin de la suprématie méditerranéenne vers l’Atlantique quand les Espagnols et les Portugais - avec la route des Indes -, se sont détournés de la Méditerranée déplaçant le commerce dans l’Océan Atlantique, en faisant ainsi émigrer richesses et biens vers l’Europe du Nord.
              Le Centre de gravité du monde passe ainsi de la Méditerranée à l’Atlantique.

      3 - Le savoir de la navigation

              De cette longue passe d’armes méditerranéenne la "marine universelle" est sortie grandie en savoir et en progrès : profit immense pour les trois marines : l’Orientale Chrétienne, la Musulmane et l’Occidentale Chrétienne.
              Traversées multiples à travers toute la Méditerranée ; luttes constantes non seulement contre les hommes, mais aussi contre les éléments : passages ininterrompu de ces immenses flottes de transport sillonnant les eaux par mauvais comme par beau temps : voilà quelle fut la rude, la vivifiante école à laquelle s’éleva grandit et se développa la marine du haut moyen âge méditerranéen. Au cours de cette dure époque l’art de la navigation franchit une suite d’étapes au cours desquelles les progrès scientifiques s’ajoutaient les uns les autres : la construction et la manœuvre trouvèrent là des éléments nouveaux dont l’invention, l’application, l’usage et les perfectionnements firent de cette période l’une des plus fécondes dans l’histoire maritime.
              Période de guerre certes, mais de cette lutte incessante au cours de laquelle s’affrontèrent sur la mer la Croix et le Croissant - depuis le djebel Tarik la montagne de Tarik ou détroit de Gibraltar jusqu’aux Dardanelles, l’ancien chemin de Jason et du navire Argo, en passant par la Sicile, vieux champ de lutte pour Rome et Carthage, et par la Crète, thalassocratie antique de Minos, dont le progrès est sorti.
              Jusqu'à la fin des croisades, la Méditerranée avait été le domaine privilégié de la marine militaire, le théâtre de combats navals entre Arabes et Byzantins, Génois, et Vénitiens, Aragonais et Angevins de Naples.
              C’est à l’école de ces Levantins que se formèrent les marines du Ponant. Les Génois surtout excellaient comme Amiraux : le Portugal leur emprunta la dynastie des Pessagno ; la Castille, puis la France, Zaccaria, Doria et Grimaldi ; l’Angleterre, Uso di Mare.
              Ouvertes à toutes les influences qui venaient de Byzance et d’Italie et qui, pour la plupart, prenaient leurs sources dans l’antiquité latine, les marines occidentales en furent revivifiées. En France, où Philippe le Bel avait mandé des Génois pour créer l’arsenal ou " Clos des Galées " de Rouen, en Castille, où Alphonse le Sage demande toujours aux Génois la construction des arsenaux de Séville. Le vocabulaire des marins du nord, dont le fonds était scandinave, s’enrichit de termes provençaux et italiens.

      4 - La révolution du savoir

              La Renaissance, qui toucha de son aile, au XVIème siècle, arts, lettres et sciences, fit également sentir à la marine sa bienfaisante influence. Une révolution se produisit dans l’art de la construction navale et de la navigation hauturière.
              Le grand navire y gagna plus de puissance et de mobilité par la supériorité de son artillerie et la division de sa voilure. Les navires génois et hispaniques sont alors beaucoup plus maniables grâce à des voiles latines qui leur permettent de marcher au plus près du vent, "à la bouline ".
              Le grand navire est équipé pour les voyages au long cours ; en plein Océan, il faudra demander à l’astronomie les moyens de faire le point en prenant la hauteur des astres : c’est le rôle de l’astrolabe.
              Ignoré du moyen âge latin, l’emploi des méridiens et des parallèles avait commencé à devenir en usage avec la Renaissance ptoléméenne. La géographie de Ptolémée avait été remise en honneur par la traduction latine qu’en avait faite, en 1409, Giacomo d’Angelo - depuis une traduction arabe du grec -.
              L’heure de la découverte du monde avait sonné pour les grands navires.

              Les îles Fortunées, dont un tapis de fleurs d’or jeté sur les flots par Pindare ornait l’accès, les Canaries, connues de Pline, furent découvertes à nouveau par des Génois, Lancelot ou Lanzaroto Maloisel vers 1312, Niccoloso di Recco et Angelino del Tegghia en 1341, ensuite vint le tour de Cristoforo Colombo et Amerigo Vespucci de découvrir le Nouveau Monde.
              La galère, d’un rayon d’action restreint, ne pouvait quitter ses parages tutélaires de la Méditerranée. Quand, par delà l’Océan entrouvert, apparut un monde inconnu, elle perdit son prestige. Et ce fut un autre type de navire, la caravelle, puis le galion et le vaisseau qui en hérita dans les flottes d’Occident.
              Le voilier s’est merveilleusement adapté aux fonctions de long-courrier et de forteresse flottante qu’on lui imposait. Il a pris à la galère ce qu’elle avait d’agile, une longue taille et la voilure triangulaire qui coupe le vent.
              Sa robuste membrure est armée de toutes pièces d’artillerie comme celle d’un homme de guerre - man of war - disent de lui les Anglais, saluant ainsi la puissante individualité qui sera l’instrument de leurs conquêtes.
              Et, parmi les nations qui naissent et entrent dans l’histoire, c’est à qui apportera ses propres perfectionnements.
              Après trois millénaires d’existence, le règne de la galère "  Reine de la Méditerranée " - descendante de la trière grecque et de la trirème romaine - est révolu. Les marins de haut bord n’ont que mépris pour cette " araignée " aux longues pattes et aux courts trajets, qui n’a de venin qu’en pointe avec ses canons de coursie.

      5 - Projets en cours

              5.1 - Les grands navires de la Renaissance

                    Cette exposition itinérante, réalisée dans le cadre d’un projet européen, a été cofinancée par la Commission Européenne (Projet Raphaël) et par la Ville de Gênes.
                    Autour des objets provenant de la Lomellina, une nave - grand navire - génoise coulée à Villefranche-sur-mer en 1516 et fouillée pendant 10 ans par le Groupe de Recherche en Archéologie Navale - GRAN -, des panneaux rédigés en trois langues (italien, anglais et français), présentent une série de navires célèbres de l’époque, témoins des grands voyages de découverte, de l’expansion du commerce transocéanique et de l’avènement des grands navires de guerre, expression de la montée en puissance des états. Les navires présentés, dont on connaît assez bien l’histoire et dont l’image est parvenue jusqu’à nous sous forme de gravures ou de peintures, ont été construits dans différents chantiers d’Europe : c’est le cas par exemple du Peter von Danzig construit à la Rochelle mais actif avec la ligue Hanséatique ; de la Cordelière, la nef d’Anne de Bretagne, construite à Morlaix ; de la Mary Rose, la célèbre caraque d’Henri VIII, construite à Portsmouth ; de la Santa Catarina de Monte Sinaï, la caraque portugaise construite en Indes à Cochin; de la Santa Anna, la caraque de l’Ordre de Malte construite à Nice et à Villefranche-sur-Mer.

                    La CANAV, une entreprise génoise de maquettisme industriel, a réalisé à partir des données archéologiques, une très belle maquette au 1/50 de la Lomellina qui donne à voir au visiteur une représentation de ces navires remarquables.

                    L’exposition est accompagnée d’un catalogue bilingue (français-italien) dans lequel est inséré un CD rom consacré au même thème : bornes interactives, projections et ateliers didactiques enrichirent la visite.

                    Les autres partenaires du GRAN dans ce projet qui comporte de nombreux aspects - publication, conservation d’objets provenant de la fouille de la Lomellina, sensibilisation des scolaires, ouverture d’un site Internet - sont l’Université d’Oxford, le Musée National des Arts et Traditions Populaires de Paris, le Conseil Régional de Bretagne, le Laboratoire d’Histoire et d’Archéologie Maritime (CNRS - Université Paris IV-Sorbonne - Musée de la Marine), le Musée National de la Marine de Paris, la Ville de Plougonvelin.

             5.2 - Sciences et techniques de fouilles sous-marines

              Réalisée par le Ministère de la Culture et le CNRS, une exposition itinérante (traduite en arabe et présentée sur le site Internet du Ministère de la Culture) montre les sciences et techniques appliquées aux prospections archéologiques, à la conservation et à l’étude des objets archéologiques, à l’instrumentation et à la surveillance des sites sous-marins. Elle tourne en Europe et dans les pays arabes et s’insère parfaitement dans le contexte Méditerranéen dans la mesure ou les fouilles qui servent de support ont principalement eu lieu en Méditerranée, comme celles de la Lomellina, du Slava Rossii ou de la Grotte Cosquer.

              5.3 - Science, nature et technique dans l'ancienne Pompéi

                      Cette exposition tente de dépasser la scission qui a longtemps séparé les études humanistes des études scientifiques autour de l’ancien art romain. Des recherches interdisciplinaires pointues conduites par 25 groupes de recherche différents ont souligné l’état des connaissances naturaliste, scientifique et technique dans l’aire géographique autour du Vésuve. Dans cette aire, des cultures différentes se sont succédées et ces éléments ont produit un résultat unifiant.
                      Le développement de la culture scientifique et technologique dans cette aire géographique peut être pris pour le symbole de la continuité et de la connexion entre les anciens peuples de la méditerranée. L’homme romain, après avoir assimilé les bases de la science orientale et grecque, devient l’artisan de la diffusion d’une mentalité nouvelle et d’une innovation technologique qui deviennent des paramètres culturels durables et identifiables aujourd’hui encore dans la civilisation européenne.

                      L’exposition avec 450 objets présentés, plusieurs modèles animés d’anciennes machines technologiques et différents espaces multimédias témoigne des étroites liaisons existant entre les aspects économiques, sociaux et le progrès technologique et scientifique.

              5.4 - Exposition internationale sur la science et la technologie Arabe

                      Depuis sa fondation, l’UNESCO a promu le dialogue entre les différentes cultures comme un élément fondamental pour la construction de la culture de la paix, et c’est dans cet esprit, que le Secteur des Sciences Exactes et Naturelles de l’UNESCO a conçu cette exposition ; pour souligner comment la civilisation islamique a joué un rôle déterminant dans l’histoire des sciences de l’ancien monde occidental.
                      L’exposition communiquera l’esprit de tolérance qui caractérisait cette période et développera différents thèmes :

        • Les Sciences Naturelles (astronomie, mathématiques, optique, physique…)
        • Les Sciences Technologiques (ingénierie civile et navale, alchimie, sciences de la navigation…)
        • Les Sciences Médicales (chirurgie, pharmacologie…)

                      Les espaces muséographiques accueilleront :
        • Instruments scientifiques originaux provenant de musées et collections privées
        • répliques didactiques
        • Modèles interactifs
        • Bornes multimédias
        • Audiovisuels

                      L’exposition sera enrichie par des lectures et des conférences et une médiathèque sera dédiée à l’histoire de la science arabe. Les étapes prévues sont : l’Italie, la Tunisie, le Maroc, l’Espagne, la France…

              5.5 - Une école méditerranéenne de charpenterie et d'archéologie navale

                      Les splendeurs des anciens métiers revivent aujourd’hui grâce à l’habileté manuelle, les connaissances des anciennes techniques et la passion des artisans qui se vouent à la restauration des anciens navires.
                      Le patrimoine artisanal et protoindustriel pourra être valorisé à travers la création d’un réseau de centres méditerranéens de formation sur les métiers de la conservation du patrimoine naval. Des centres pédagogiques destinés à des groupes de stagiaires internationaux, des centres complémentaires au centre de Venise déjà existant, et sous le haut patronage de la Fondation Européenne pour les Métiers du Patrimoine du Conseil de l’Europe (dont le directeur exécutif est Daniel Thérond).
                      Un projet d’école transfrontalière entre Villefranche-sur-Mer et Gênes est en train d’être développé dans le cadre du programme communitaire INTERREG III (Medocc). Et c’est à Villefranche-sur-Mer que l’école de charpenterie et d’archéologie navale pourra se nourrir des secrets de la construction navale à la Renaissance. Ils ont ressurgis de la fouille menée sur la Lomellina par le Groupe de Recherche en Archéologie Navale - GRAN -finalisée aussi par la présentation muséographique de ce grand navire génois de la famille Lomellini coulé dans la rade de Villefranche.
                      Le Musée de la Mer et de la Navigation de Gênes dédiera, en 2004, un de ses espaces à la Lomellina et il sera possible ainsi de reconstruire la route maritime et l’histoire des comptoirs commerciaux gérés par une illustre famille génoise de la Renaissance.
                      La goëlette " Principat de Catalunya ", classée monument historique en France, pourra être restaurée dans l’ancien bassin de radoub de la Darse de Villefranche et jumelée à la goëlette " Santa Eulàlia ", du Musée Maritime de Barcelone ainsi qu’à un chebek traditionnel de la rive sud de la Méditerranée. Ensemble, ils deviendront le porte-drapeau naviguant du projet " La Navigation du Savoir ". Cette possibilité est à l’étude avec la Fondation Européenne du Patrimoine Maritime et Fluvial, le World Ship Trust et le Ministère Français de la Culture (Direction du Patrimoine Maritime, M. Marc Pabois).
                      La valorisation de ces activités dans un réseau international est aussi une façon de faire vivre les nouveaux charpentiers qui deviendront les héritiers d’une forte identité culturelle méditerranéenne. C’est seulement à travers la transmission de l’habileté des anciens " maîtres d’hache " qu’il sera possible d’empêcher la disparition d’importants témoignages sur la culture maritime.

              5.6 - Le musée de la mer et de la navigation de Gènes

                      Les musées de l’an 2000 ne sont pas de simples lieux d’exposition mais des lieux de rencontre culturels, des espaces vivants et interactifs qui transforment les visiteurs en acteurs d’un nouveau voyage dans la connaissance.
                      Ancrés sur un territoire, les musées de l’an 2000 sont facteurs de développement économique et social ; ils font le lien entre le patrimoine culturel, les acteurs du tourisme, le monde universitaire et industriel. Ils sont un lieu de planification territoriale, de promotion, d’organisation et de gestion du patrimoine culturel.
                      En impliquant la population dans la création de tels centres on favorise la redécouverte d’une identité locale parfois perdue ou oubliée.
                      L’apport des nouvelles technologies de la communication et de l’information comme moyen de diffusion culturelle pour un public informé, pousse les limites de nos connaissances ; la convergence multimédia entre les différentes formes de communication, à partir du théâtre, vers l’audiovisuel, l’hypertexte et jusqu’à la réalité virtuelle, trouve une nouvelle place entre le monde de l’éducation institutionnelle et celui du loisir. Internet et CD-rom sont, en effet, de plus en plus utilisés, et les aides à la visite offertes par des bornes multimédia ont un espace toujours plus important dans les lieux de culture.
                      En Europe et dans le Monde des expériences similaires, suscitant un intérêt croissant, sont en développement et au centre de plusieurs projets en diffusion pour souligner le passage de notre millénaire.
                      Gênes sera, en 2004, la capitale de la culture européenne, une opportunité qui lui permettra d’être la vitrine à un niveau national et international de la culture méditerranéenne. Pour l’occasion, différentes interventions de valorisation urbaine du centre historique le plus grand d’Europe seront mises en place : Ainsi, les vieux arsenaux - maison du savoir naval - deviendront le symbole du patrimoine maritime génois. Leur 10 000 m2 de superficie donneront un espace au plus grand musée maritime de la méditerranée, plus grand que celui de Barcelone et de Venise.

              5.7 - Valorisation des arsenaux de la Méditerranée

      Dans cet horizon culturel s’intégreront différents projets de valorisation des arsenaux de la Méditerranée.

      Les arsenaux connaissent aujourd’hui les mêmes urgences : liés à la guerre, leur mutation en instruments de dialogue des cultures et de paix est pour l’UNESCO un véritable enjeu qui mérite un investissement sérieux en raison, notamment, de la très grande visibilité du patrimoine maritime, architectural et environnemental qu’ils représentent.

      En partant d’Amalfi où la réhabilitation des anciens arsenaux a comme finalité de conserver l’histoire maritime amalfitaine pour la raconter aux nouvelles générations. Une histoire déjà vieille de mille ans, une escale importante en Méditerranée, un port riche d’échange, élue patrimoine de l’humanité par l’UNESCO, pour son exemple de rencontre entre Orient et Occident. Amalfi fut à l’origine de la découverte du savoir, qui a donné à l’Occident l’usage de la boussole et du papier. Ancien arsenal maritime, elle est au sommet de sa splendeur entre le Xème et le XIIème siècle, Amalfi est non seulement remarquable par son commerce mais plus encore par ses lois : la Table Amalfitaine est en effet le premier code maritime du monde qui à partir du XIème siècle - et pendant longtemps - régit la navigation en Méditerranée.

      A Pise, dans l’aire de la gare de chemin de fer, à partir du mois de décembre 1999 les archéologues ont retrouvé les restes de l’ancien port romain. Ils ont fouillé et ont découvert, en plus d’une série de structures d’amarrage - parmi lesquelles on compte le reste d’un quai détruit autour de 400 av JC et d’un ponton utilisé jusqu’au III-IIème siècles av JC -, 18 navires d’époque romaine.

      Les fouilles, une exposition et un projet pour un prochain musée sont déjà en cours, en même temps, le département de Science Historique du Monde Antique de l’Université de Pise s’est enrichi d’un nouveau cours en Archéologie Sous-Marine.

      A mi-chemin entre Nice et la Principauté de Monaco, Villefranche-sur-Mer est nichée au cœur d’une des plus belle rades de la Méditerranée, s’étageant à flanc de colline en un véritable amphithéâtre naturel. Fondée en 1295 par Charles II d’Anjou - Roi de Naples et de Provence -, Villafranca, port militaire des ducs de Savoie à partir de 1388, devient français en 1860, mais ne retrouve pas pour autant sa splendeur passée.

      La rade demeure toutefois un lieu d’accueil et de mouillages très fréquenté. Les paquebots de croisière et les bâtiments des escadres américaine, russe et française y séjournent régulièrement. Aujourd’hui, un observatoire océanologique de l’université de Paris VI et du CNRS, basé dans les anciens arsenaux militaires de la darse - bagne des galériens turques -, est gardien de cette histoire. Il conserve et étudie - en même temps - un extraordinaire patrimoine maritime inexploité : le savoir de la rade.

      Villefranche-sur-Mer est avant tout une cité médiévale dont les plus beaux joyaux sont la Vieille Ville et ses ruelles sinueuses, l’église Saint-Michel, la mystérieuse rue Obscure - couverte sur plus de la moitié de sa longueur - et, surtout, la Citadelle.

      Edifiée en 1557 par Emmanuel Philibert, Duc de Savoie, - avec l’aide des Espagnols et du Pape - pour défendre son arsenal et ses précieuses galères, la Citadelle abrite aujourd’hui l’Hôtel de Ville, la Chapelle Saint-Elme, plusieurs musée et un Centre des Congrès. On y trouve également de nombreux jardins et un Théâtre de Verdure dominant la rade s’ouvrant à toutes les manifestations culturelles et artistiques.

      La chance de Villefranche est de disposer d’un des plus extraordinaires ensemble historique de la Côte d’Azur : le Port de la Darse. Un ensemble construit par l’homme en parfaite harmonie avec la nature du lieu ; un port que la maison de Savoie a mis trois siècles à bâtir, pour y lancer, entretenir et défendre sa flotte de galères. Pour la plupart, les bâtiments de la Darse dont, au premier plan, l’ancien bassin de radoub, l’hôpital pour la chiourme des galères, la forge, la corderie, les magasins…, ont été inscrit à l’Inventaire Supplémentaire des Monuments Historiques, dans l’attente de leur classement.

      Toujours dans le cadre patrimonial, la rade de Villefranche, possède une quantité très significative d’épaves du plus haut intérêt. Certaines, comme la Lomellina, ont déjà fait l’objet de fouilles et font partie des épaves les plus caractéristiques au monde, beaucoup d’autres, souvent intactes, restent à étudier.

      Villefranche-sur-Mer pourra accueillir le siège du réseau des arsenaux de la Méditerranée et être en même temps le lieu de rencontre annuel d'une manifestation internationale consacrée au patrimoine maritime méditerranéen. Abri naturel depuis le temps des Grecs et des Romains, carrefour de la Méditerranée, port d'échanges, lieu de départ pour l'exploration, Villefranche-sur-Mer retrouvera son identité grâce à ce programme de l’UNESCO.

      D’autres projets de valorisation suivent pour les arsenaux historiques de Venise, Palerme, Marseille, Malte, Rhodes…et autant de mémoire à explorer.

      5.8 - Un site pour la transmission du savoir : L'Observatoire océanologique de Villefranche-sur-mer.

      L’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer est situé sur le port de la Darse et accueilli dans les anciens bâtiments du XVIII de l’arsenal militaire de la Savoie.

      A la fin du siècle dernier, au moment où la biologie expérimentale se développe, Villefranche abrite la flotte militaire Russe. La baie est un site privilégié pour la collecte de plancton. L’Académie de Russie fonde, donc, la Station Zoologique dans l’ancien hôpital des galériens en
      1884. Elle est rattachée à l’Université de Paris au début du siècle.
      C’est aujourd’hui un observatoire océanologique de l’Université P. et M. Curie et du CNRS, un centre de recherche et de formation multidisciplinaire rassemblant 200 personnes.

      Depuis que Fol y a décrit la fécondation à la fin du siècle dernier, l’Observatoire est à l’origine de découvertes importantes concernant l’écologie du plancton, la biologie et la reproduction des organismes marins, la physique et la chimie marine, la géologie et l’archéologie sous-marine...

      De nos jours, Villefranche est une référence internationale pour l’océanographie ; des universités françaises et européennes envoient régulièrement à l’Observatoire des étudiants se former. L’Observatoire est impliqué aussi dans la réalisation d’ouvrages de vulgarisation, de films et d’expositions.

      Un projet de diffusion des connaissances à distance - à partir d’une station d’imagerie microscopique manœuvrable par le public et via Internet - est actuellement à l’étude dans le cadre du programme communitaire MEDA. Le Secteur des Sciences Exactes et Naturelles de l’UNESCO a été chargé de coordonner la première Université Virtuelle de la Méditerranée, Avicenne, le projet sera soumis à EUMEDIS (la Société de l’Information Euro-Méditerranéenne) en janvier 2001. L’Observatoire Océanologique sera responsable de l’enseignement à distance sur les sciences de la mer : il permet en effet, par sa pluridisciplinarité unique en France, de réunir les approches scientifiques les plus modernes sur les différentes facettes de la connaissance de la mer méditerranéenne.

      Grâce à l’UNESCO et au Conseil de l’Europe, l’Observatoire Océanologique de Villefranche-sur-Mer pourra être aussi un centre de formation interdisciplinaire sur le patrimoine littoral et subaquatique méditerranéen pour un plus large public.

      Rédacteur : Alessandro Salvatore Giannino