Documents
n°3

- Le récif de Tromelin : faune et flore -

Un bénitier
Crédit photo : Arnaud Lafuma

Les fouilles archéologiques sous-marines sur Tromelin se sont déroulées sur le site même du naufrage de l'Utile, sur la côte Ouest de l'île. Les plongées de travail ont eu lieux majoritairement par petite profondeur (3 à 8 mètres) sur le platier et le glacis à faible pente du récif, ainsi que quelques plongées de prospection en direction de l'Ouest jusqu'à 15 m de fond, au bord d'un tombant.

Le platier:

Nourriture donnée à un baliste vert
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

Le platier est une dalle horizontale qui commence à la plage, parfois recouverte de sable corallien blanc, de 20 à 30 mètres de large, à faible profondeur, ouverte par endroit de sillons plus profond qui permettent d'accéder de la plage au site de fouille. C'est dans cette zone, ainsi que sur le glacis que la majorité des débris du navire ont été retrouvés. Une grande partie du platier est recouverte d'algues de petites tailles mais qui forment un imposant tapis dense, gênant la recherche de structure sur le fond.
C'est un phénomène nouveau et en progression, selon les météorologues qui travaillent sur Tromelin. Les coraux vivants sont assez rares dans cette zone. Ceux que nous avons rencontrés sont principalement le corail digité (acropora), le corail à verrues (pocillopora), le corail massif poreux (porites), de corail cerveau (platygyra).

Un poisson ange
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

De nombreux nudibranches que nous n'avons pas identifiés, sont présents sur le platier parfois dans la zone où déferle la houle, ce qui rend difficile leur observation. Dans les sillons perpendicualaires à la plage, des poissons de belle taille, des poissons licornes, des carangues bleues, jouent avec les déferlantes pour se maintenir dans la zone où, on peut le penser, ils vont trouver comme nourriture des petites tortues venant de naître et rejoignant l'océan.

Le glacis à faible pente :

Il fait suite au platier dès 1 mètre de profondeur, et la pente se poursuit en direction du large. C'est la zone de fouille où se trouve la majorité des canons, des tas de boulets, une ancre...
Vers 6 mètres de fond, les sillons commençant au niveau du platier débouchent dans de larges vasques à environ 8 mètres de profondeur.

Un labre échiquier
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

Les algues sont encore majoritaires mais plus on va vers le large, plus les coraux se font nombreux, plus imposants, d'autres apparaissent tel le corail champignon (fungia). En même temps, on rencontre des zones où le massif corallien semble avoir souffert, de nombreux débris de branches de corail digité couvrent le fond.

Une carangue grosse tête
Crédit photo : Arnaud Lafuma

Très intéressés par les nuages de sable soulevés par nos activités de fouille, et espérant y trouver de quoi manger, de petits poissons très colorés aux motifs surprenants viennent à la rencontre des plongeurs. Les labres, dont le magnifique labre échiquier (halichoeres hortulanus), ainsi que des girelles s'approchent de nous assez facilement. Plus furtifs, des poissons oiseaux, des petits poissons perroquets, des poissons nettoyeurs, des gobies de feu.

Beaucoup plus imposant, un baliste titan (balistoides viridescens) s'est habitué à notre présence et vient facilement à notre contact. Au début, nous nous sommes méfiés de ce poisson, pas carnassier mais assez territorial et réputé pour être agressif en période de ponte. Par la suite, nous aussi nous nous sommes habitués à lui...

Le mérou patate
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

C'est aussi sur cette zone que nous avons rencontré pour la première fois un mérou papate (epinephelus tukula), que nous reconnaissions par la suite à chacune de ses visites grâce à sa nageoire dont il manque un morceau...
Là encore, très peu de coquillages vivants, quelques cônes, de rares porcelaines. Nous n'avons rencontré que quelques murènes, rares mais imposantes...

Une murène léopard
Crédit photo : Arnaud Lafuma

Une murène javanaise et une autre, léopard, dont les tailles étaient estimées à 2 mètres environ. Quelques tortues vertes nous rendent visite, la plupart du temps furtivement. Si elles se déplacent difficilement sur la plage, sous l'eau, elles font preuve de beaucoup d'élégance et d'efficacité à la nage... Inutile de vouloir les suivre en palmant, ce sont elles qui sont maîtres de la rencontre...

Le bord du tombant :

Un chirurgien à dos jaune
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

Les plongées de prospections se sont arrêtées à 15 mètres, ce qui correspond, pour des raisons de sécurité, à la limite de profondeur de notre intervention. De plus il n'y a pas de matériel archéologique dans cette zone. Nous sommes là, à 250 mètres environ du rivage.
C'est le début d'une accentuation de la pente externe, qui prend la forme d'un tombant à pente proche de la verticale dont le fond n'est pas visible. Le corail s'impose sur les algues, forme des arches, des dépressions.

Tromelin est une réserve naturelle, la chasse sous-marine et la pêche y sont interdites. Les poissons sont donc peu farouches, de belle taille, et se laissent aller à la curiosité.
Là encore, le mérou patate nous a fidèlement rendu visite, de façon assez rapprochée même, comme pour se protéger lorsque d'autres visiteurs intrigués sont venus nous voir, les requins.

Un requin pointes blanches
Crédit photo : Cyril d'Andrea

Ceux qui ne plongent pas ont peur des requins. Ceux qui plongent, s'ils restent méfiants selon les conditions, les espèces et les attitudes des requins rencontrés, sont beaucoup plus charmés par ces rencontres. Un requin pointe blanche du large, un requin marteau, d'autres non identifiés sont venus à quelques mètres de nous avant de repartir rapidement, bien moins intéressés que nous par ces rencontres.

Deux raies pastenagues
Crédit photo : Jean-François Rebeyrotte

Des raies javanaises, un thon dents de chien, des carangues bleues ou à grosse tête tout aussi curieuses ont, pour notre plus grand plaisir, ajouté aux plongées de travail quelques moments magiques, rares et précieux.

Rédacteur : Arnaud Lafuma

      © GRAN 2004 - 2006