Tianjin (Chine)
Le 9 octobre 2008
La photo de la sculpture est en effet très intéressante :
L’origine ethnique de cette pièce est difficile à déterminer d’un premier coup d’œil.
En effet, la tentation est grande de l’attribuer à la communauté Tlingit du fait du lieu probable d’origine (Lituya Bay)
Il ne faut pas oublier que Lituya Bay était un très important centre de communication et d’échange entre, non seulement les Tlingits eux-mêmes, mais également entre les différentes nations telles que Haïda, Aleuts ou Tsimshian.
Il est en effet intéressant à noter que l’une des pirogues représentées sur l’une des gravures effectuées par l’expédition Lapérouse est d’origine Aléoutienne et donc que, très certainement sans le savoir, Lapérouse a pu rencontrer des représentants de plusieurs nations différentes à Lituya Bay.
Cet objet pourrait donc être d’origine fort éloignée de Lituya Bay, bien qu’en me référant à la tradition Tlingit, quelques idées viennent à mon esprit plaçant bien cet objet dans la plus pure lignée de l’héritage Tlingit..
Dans l’esprit, cette sculpture me fait penser au « Thunderbird » dont je vous joins la photo.
Il existe dans l’art de la région des représentations non seulement issues du bestiaire local mais également issues de l’imaginaire : Il existe des animaux mythiques et hybrides dont le Thunderbird est un exemple.
Il est très fréquent également de rencontrer des associations d’animaux avec des êtres humains évoquant les légendes Tlingit.
Ceci m’amène tout naturellement (peut-être trop ?) à une interprétation concernant le côté hybride de cet objet.
Les deux principales questions que je poserai tout d’abord à la vue de cette sculpture sont les suivantes :
-Les deux extrémités de la sculpture en sont-elles les terminaisons voulues par l’artiste ou est-il raisonnable de penser qu’il manquerait une partie de l’œuvre ?
-Les extrémités décrites comme étant « cinq pattes ou côtes » me semblent incomplètes, peut-être cassées.
Sur la photo, je ne vois que quatre membres. Le plus long semble, lui, tenir quelque chose.
La courbure de l’ensemble me fait penser à un enfant en position recourbée.
À gauche, à la place d’une tête d’enfant, je serai tenté de voir une tête d’oiseau, peut-être même celle d’un corbeau à la différence de Monsieur Veccela qui y voit une tête d’aigle. Parfois, la ressemblance entre l’aigle et le corbeau (Raven) peut être trompeuse.
Selon les artistes, la courbure du bec de l’aigle peut être plus ou moins accentuée ainsi que la longueur du bec chez l’aigle ou le corbeau. Encore une fois, une photo détaillée serait plus qu’utile.
Je suis encore une fois tenté (décidément !) d’y voir une association très forte entre un enfant et un corbeau dont on pourrait effectivement retrouver les plumes sur le haut (le dos de l’enfant)
À droite, je définirai « l’animal » comme un aigle avec un bec ouvert regardant vers la gauche et vers le haut comme cherchant à attraper l’ensemble enfant-corbeau.
Le côté mi-corbeau (Raven) mi-humain associé à l’aigle me rappelle la légende suivante (très résumée) relative à l’apparition de la lumière sur la terre :
Pour voler la lumière détenue par un vieil homme, le Raven se fit avaler, sous la forme d’une aiguille de pin selon l’une des légendes, ou sous celle d’une goutte d’eau selon d’autres, par la petite fille de l’homme, laquelle se trouva alors enceinte puis donna le jour à un enfant.
C’est ainsi que le Raven, reprenant sa forme originelle et quittant celle de l’enfant ainsi conçu, put s’introduire dans la maison du vieil homme et lui dérober la lumière.
Au cours d’une lutte avec un aigle, la lumière fût cassée en plusieurs morceaux créant ainsi le soleil, la lune et les étoiles.
Il est à noter que cette légende place la maison du vieil homme dans les montagnes du Fairweather Range le long de la rivière Alsek qui se jette dans l’océan à Dry Bay, où, toujours selon la légende, la lumière aurait été disséminée. Dry Bay se situe dans le proche nord ouest de Lituya Bay.
Tout cela n’est bien évidemment que simple spéculation à la vue d’une simple photo.
Bien amicalement depuis la Chine,
Philippe Fihet Delavault